En France, la pension des salariés du secteur privé ne repose pas uniquement sur la retraite de base versée par la Sécurité sociale. Une part essentielle du revenu des retraités provient d’un deuxième pilier : la retraite complémentaire Agirc-Arrco. Obligatoire pour l’ensemble des salariés du privé, elle représente souvent entre 30 et 60 % de la pension totale selon les carrières. Pourtant, son fonctionnement demeure mal compris par de nombreux actifs.
Entre système par points, cotisations partagées entre employeur et salarié, et dispositifs spécifiques comme le malus temporaire ou le compte pénibilité, l’Agirc-Arrco mérite une explication claire. Voici un décryptage complet pour comprendre comment elle s’organise, ce qu’elle rapporte et quels sont les enjeux pour l’avenir.
Agirc-arrco : qu’est-ce que c’est exactement ?
L’Agirc-Arrco est née en 2019 de la fusion de deux régimes complémentaires :
- l’Arrco (créée en 1961) qui couvrait l’ensemble des salariés,
- l’Agirc (créée en 1947) qui s’adressait spécifiquement aux cadres.
Désormais, tous les salariés cotisent à un seul régime unifié, qu’ils soient cadres ou non-cadres. Ce régime est par répartition : les cotisations des actifs financent immédiatement les pensions des retraités. Il fonctionne également par points : chaque euro cotisé permet d’acquérir des points, qui seront convertis en pension au moment du départ à la retraite.
En 2025, plus de 13 millions de retraités perçoivent une pension Agirc-Arrco, tandis que près de 18 millions de salariés y cotisent chaque mois.
Comment sont calculées les cotisations des salariés ?
Chaque mois, une partie du salaire brut est prélevée au titre de la retraite complémentaire. Le taux de cotisation est réparti entre l’employeur (environ 60 %) et le salarié (environ 40 %).
En 2025, les taux de cotisation Agirc-Arrco se structurent ainsi :
- Tranche 1 : jusqu’à 3 864 € brut mensuels → 6,20 % de cotisation.
- Tranche 2 : entre 3 864 € et 30 912 € brut mensuels → 17 % de cotisation.
Exemple concret : un salarié percevant 3 000 € brut contribue environ à 186 € par mois pour l’Agirc-Arrco, dont 74 € à sa charge et 112 € financés par l’employeur.
Ces cotisations sont ensuite transformées en points de retraite selon la valeur du point d’achat fixée chaque année.
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Le système par points : la mécanique centrale
L’Agirc-Arrco ne calcule pas la pension sur la base du nombre d’années travaillées, mais via un système par points. Le principe est simple :
- Les cotisations annuelles permettent d’acquérir un certain nombre de points.
- À la retraite, la pension est calculée en multipliant le nombre de points accumulés par la valeur du point.
En 2025, les valeurs officielles sont :
- Valeur d’achat du point : 19,632 €
- Valeur de service du point (celle utilisée pour calculer la pension) : 1,3498 €
Ainsi, un salarié ayant cumulé 10 000 points touche une retraite complémentaire de :
10 000 × 1,3498 € = 13 498 € bruts par an, soit environ 1 125 € par mois.
Quand peut-on toucher sa retraite complémentaire ?
L’âge de départ dépend du régime de base de la Sécurité sociale. En règle générale :
- Le salarié peut liquider sa pension Agirc-Arrco dès qu’il obtient le taux plein pour sa retraite de base (entre 62 et 64 ans selon la réforme entrée en vigueur en 2023).
- Il peut aussi choisir un départ anticipé (carrière longue, invalidité, handicap), mais sa pension complémentaire sera réduite.
Un dispositif particulier existe depuis 2019 : le coefficient de solidarité. Il prévoit une minoration temporaire de 10 % pendant 3 ans pour les salariés partant dès qu’ils atteignent le taux plein. Pour l’éviter, il faut décaler son départ de 1 an supplémentaire. Ce mécanisme vise à inciter les actifs à prolonger leur carrière et à soulager les finances du régime.
Quelle est la part de l’agirc-arrco dans la pension totale ?
La retraite complémentaire représente une part significative de la pension globale.
- Pour un non-cadre, elle équivaut en moyenne à 30 % de la pension totale.
- Pour un cadre, elle peut monter jusqu’à 60 %, car les salaires plus élevés génèrent plus de cotisations en tranches supérieures.
En 2024, la pension moyenne Agirc-Arrco s’élevait à environ 436 € nets par mois, mais ce chiffre varie énormément selon les carrières : certains retraités perçoivent moins de 200 €, tandis que d’anciens cadres touchent plusieurs milliers d’euros.
La revalorisation annuelle des pensions
Chaque année, le conseil d’administration de l’Agirc-Arrco décide d’une revalorisation du point pour maintenir le pouvoir d’achat des retraités. Celle-ci s’aligne généralement sur l’inflation, avec une marge de sécurité pour préserver l’équilibre financier du régime.
En novembre 2023, le point avait été revalorisé de 4,9 %, reflétant la forte hausse des prix. Pour 2025, les projections tablent sur une augmentation plus modérée autour de 3 %, en cohérence avec l’évolution de l’inflation.
Agirc-arrco : un régime financièrement solide ?
Contrairement au régime général souvent critiqué pour son déficit, l’Agirc-Arrco affiche une situation plus saine. Grâce à des réformes successives, le régime dispose en 2025 de plus de 70 milliards d’euros de réserves financières, soit l’équivalent de près de 6 mois de prestations.
Cet excédent permet de garantir le versement des pensions sur plusieurs décennies, même en cas de crise économique. Les gestionnaires restent toutefois prudents : le vieillissement de la population et la baisse du ratio actifs/retraités (passé de 2,3 en 2000 à 1,5 en 2025) imposent une gestion rigoureuse.
Quels droits en cas de chômage, maladie ou maternité ?
Bonne nouvelle : même en période d’interruption de travail, le salarié peut continuer à accumuler des droits Agirc-Arrco.
- Chômage indemnisé : les périodes indemnisées par Pôle emploi génèrent automatiquement des points.
- Arrêt maladie ou maternité : les indemnités journalières ouvrent également des droits.
- Congé parental : certaines périodes sont validées via des dispositifs spécifiques.
Ces mécanismes évitent les « trous » dans la carrière qui pourraient pénaliser la pension future.
Comment consulter ses points et simuler sa pension ?
L’Agirc-Arrco met à disposition un espace personnel en ligne permettant de :
- vérifier ses points accumulés,
- simuler le montant de sa retraite complémentaire selon différents âges de départ,
- demander une attestation pour un projet immobilier ou administratif.
Chaque salarié reçoit également un relevé de situation individuelle (RSI) tous les 5 ans à partir de 35 ans, ainsi qu’un estimation indicative globale (EIG) à partir de 55 ans.
Perspectives : quel avenir pour la retraite complémentaire ?
Avec le vieillissement de la population, l’Agirc-Arrco devra poursuivre ses ajustements pour rester viable. Plusieurs pistes sont régulièrement évoquées :
- allonger la durée de cotisation pour réduire les départs précoces,
- renforcer les incitations à travailler plus longtemps,
- revoir le mode de calcul du malus temporaire,
- développer des offres d’épargne retraite complémentaire individuelle en parallèle.
Toutefois, le régime bénéficie d’un large consensus social et reste perçu comme un pilier solide de la retraite des salariés du privé.