Deux ans après le lancement de la directive CSRD, les grandes entreprises françaises font face à une situation inattendue. Le cadre européen du reporting de durabilité, déjà largement intégré dans leurs organisations, pourrait évoluer à nouveau sous l’effet de discussions menées au niveau international.
L’enjeu est important : la CSRD impose depuis 2024 aux groupes concernés de publier des données détaillées sur leurs émissions, leurs pratiques sociales et leur gouvernance. Des dispositifs lourds ont été mis en place pour répondre à ces exigences, avec des investissements importants dans les systèmes de collecte et de traitement des données.
Mais une proposition portée par l’International Sustainability Standards Board (ISSB) relance le débat sur l’harmonisation des normes ESG à l’échelle mondiale. Elle ouvre la possibilité d’un alignement partiel ou d’une refonte des standards actuels, ce qui crée une incertitude pour les entreprises déjà engagées dans la mise en conformité européenne.
Deux ans de travail ESG remis sous tension
Depuis l’entrée en vigueur de la CSRD, les grandes entreprises ont structuré des équipes dédiées au reporting extra-financier. Ces organisations ont dû revoir leurs systèmes internes pour intégrer des indicateurs environnementaux et sociaux beaucoup plus détaillés qu’auparavant.
Dans de nombreux groupes, cela s’est traduit par la création de nouvelles bases de données, la mobilisation de cabinets spécialisés et la refonte des processus de reporting financier. Le coût de mise en conformité est estimé pour certains grands groupes à plusieurs millions d’euros, selon les secteurs.
L’objectif initial de la directive était d’améliorer la transparence et de permettre une meilleure lecture des performances environnementales et sociales des entreprises. Mais la multiplication des référentiels internationaux complexifie aujourd’hui cette ambition.
ISSB et ESRS deux visions du reporting durable
Au cœur des discussions actuelles, deux cadres se font face. D’un côté, les normes européennes ESRS, directement liées à la CSRD, reposent sur une approche très détaillée et structurée du reporting. De l’autre, les standards de l’ISSB cherchent à établir un langage plus global, destiné à faciliter la lecture des données à l’échelle internationale.
Ce décalage entre les deux systèmes crée une difficulté concrète pour les entreprises. Les données déjà collectées selon les exigences européennes pourraient ne pas correspondre exactement aux futurs standards internationaux si une harmonisation partielle venait à s’imposer.
Dans ce cas, une partie du travail déjà réalisé devrait être adaptée, voire retravaillée pour répondre à de nouveaux formats de reporting. Cette perspective est particulièrement sensible pour les entreprises françaises, souvent en avance dans la mise en œuvre de la CSRD.
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Une simplification européenne déjà en cours mais insuffisante
La Commission européenne a tenté d’alléger certaines contraintes en février avec la directive dite Omnibus. Cette révision a introduit des ajustements destinés à réduire certaines charges administratives liées au reporting de durabilité.
Malgré ces ajustements, le cadre global reste dense et en évolution. Les entreprises doivent composer avec un environnement réglementaire en mouvement constant, entre exigences européennes déjà appliquées et discussions internationales en cours.
Cette superposition de règles crée une situation où les directions financières doivent anticiper plusieurs scénarios en parallèle. Les systèmes de reporting doivent rester compatibles avec les normes actuelles tout en restant adaptables à de futures évolutions.
Les entreprises françaises déjà fortement engagées
En France, de nombreux groupes ont déjà avancé dans la structuration de leurs dispositifs ESG. Certaines entreprises ont mis en place des équipes entières dédiées à la collecte et à la consolidation des données environnementales et sociales.
Ces efforts ont permis de répondre aux premières obligations de la CSRD, mais ils reposent sur des architectures parfois complexes. Si les standards venaient à évoluer, une partie de ces systèmes pourrait nécessiter des ajustements techniques et organisationnels.
Dans certains secteurs comme l’énergie, la grande distribution ou l’industrie, le reporting ESG est déjà intégré aux processus de pilotage interne. Toute modification des règles aurait donc un effet direct sur l’organisation existante.
Un risque de déséquilibre entre entreprises européennes
L’un des effets indirects de cette situation concerne la disparité entre pays européens. Certaines économies n’ont pas encore totalement transposé la CSRD dans leur droit national, ce qui laisse à leurs entreprises une marge d’adaptation plus large.
Les groupes français, déjà avancés dans la mise en conformité, pourraient se retrouver contraints d’ajuster des systèmes plus tôt que leurs concurrents européens. Cette situation crée un décalage temporaire dans la mise en œuvre des obligations de reporting.
Les observateurs du secteur estiment que ce type de différence pourrait influencer les stratégies internes des groupes, notamment dans le choix des outils et des méthodes de collecte de données ESG.
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Directions financières sous pression réglementaire continue
Les directions financières doivent désormais intégrer une variable supplémentaire dans leur pilotage : l’évolution possible des normes de reporting durable. Les investissements déjà réalisés ne garantissent pas une stabilité totale du cadre à moyen terme.
Dans les grandes entreprises, les équipes ESG travaillent déjà sur des systèmes capables de s’adapter à plusieurs référentiels. Cette flexibilité devient un enjeu central, alors que les discussions entre autorités européennes et instances internationales se poursuivent.
La situation actuelle illustre une phase de transition prolongée, où les règles du reporting durable continuent de se construire en parallèle de leur application.